Présentation de moi-même, avec des vrais morceaux de moi. Gare, ce n'est pas une édition bibliothèque rose

Publié le par Blandine

Je m’appelle Blandine, j’ai vingt-trois ans.

 

Là, dans une réunion d’alcooliques anonymes, j’entendrais un chœur de « Bonjour Blandine » enthousiastes et chaleureux. Mais je suis face à un écran de portable et je préfère ça pour le moment. Les coups de rage, les crises de larmes, j’en fais déjà assez bénéficier mes proches pour les offrir en spectacle à des inconnus. On serait en droit de me rétorquer qu’écrire sur mes malheurs et mes combats revient au même. Sauf que je n’inflige pas aux autres le pensum de me lire. Je n’en voudrai pas à ceux qui ne liront pas ce blog. Au contraire, il y a bien mieux à voir que mes sautes d'humeur. J’écris avant tout pour mettre au clair mes émotions. De la même manière, n’attendez pas trop de moi que je vous serve des tranches de drame sur un lit de haine. Dans cette histoire, il y a du drame, il y a de la haine, mais je les enroberai d’humour et de joie de vivre. Je ne suis pas en paix avec mon passé mais je fais ce que je peux pour éviter d’en rester locataire. Je suis loin d’y arriver toujours, mais c’est ce que je cherche. Et le rire est pour cela une bonne arme, que j’utilise à grosse dose.

 

Ces petites précisions apportées, je vais donc poursuivre et achever ma présentation : Je m’appelle Blandine, j’ai vingt-trois ans et toutes mes dents. Bon, c’est peut-être la seule chose en excellent état, mais j’y tiens. Je suis handicapée. Cherchez « hémiparésie »  sur Internet, vous trouverez quelques articles sur ce problème pas bien grave.

Bon, allez, je suis bonne fille, je vais vous dégrossir le travail : Avant ma naissance, mon cerveau a par un hasard farceur manqué un très court laps de temps d’oxygène. Résultat, il est un peu amoché. Grâce à une bonne rééducation (toute ma jeunesse enfuie chez les psychomotriciens et les kinés, si ce n’est pas triste, ça !) et à une volonté de fer (je me fais un peu mousser !), il reste relativement peu de séquelles. Et je le précise tout de suite, aucune au niveau intellectuel. Faisons rapidement l’inventaire des dégâts physiques : tout le côté droit de mon corps est douloureux en permanence et a une sensibilité perturbée. Le chaud, le froid, le lourd, le léger, toute cette partie ne connaît pas ! En fait, pour faire court, je ne ressens que la douleur. Et en règle générale, l’abruti qui me touche l’épaule droite sans prévenir se prend une pêche. Pour moi c’est un peu comme s’il m’avait électrocutée, donc j’ai tendance à mal réagir.

 

Outre ce problème de sensibilité, il y a ce que j’appelle les grèves sans préavis, quand ma jambe (droite bien sûr) se bloque et devient raide. Dans ces moments je suis condamnée à une séance de sport à cloche-pied. Et en général, le bras suit le mouvement et se paralyse aussi. Mais la plupart du temps, je marche, je cours, comme tout le monde. Enfin, pour en finir au niveau physique, j’ai un grave problème d’acuité visuelle. Je ne suis pas aveugle, juste myope comme une taupe.

Le reste des séquelles de l’hémiparésie, ce sont les grosses difficultés de repérage spatial (Je suis capable de me perdre dans une ligne droite et je suis incapable de vous dessiner une figure géométrique complexe) et surtout, une émotivité débridée. Je passe des chutes du Niagara à la joie la plus extrême, sans étapes intermédiaire ou presque. Je ne peux tout bonnement pas être neutre, je ressens tout avec une intensité telle que quasiment impossible à contenir. Bien entendu, j’ai un peu appris le sens de la retenue et je ne saute pas tout de suite au cou du premier venu. Je vis en société après tout. Mais je suis une fausse extravertie, toujours prête à faire le clown ou à jouer les saint-bernards. Je m’attache très vite, trop vite aux gens et je suis d’une naïveté parfois déconcertante. Bref, je ne canalise quasiment pas mes émotions de moi-même. 

 Je me permets un dernier détail avant de clore le chapitre sur mon handicap : L’hémiparésie est un problème léger. Je n’ai pas à subir une paralysie permanente ou totale. Je n’ai pas besoin d’une canne blanche. Mes muscles ne s’atrophient pas au fur et à mesure. Bref, tout va bien, merci. quelques traversées de Paris sur une jambe, on peut dire que je suis autonome.

 

Que me reste-t-il à dire sur moi ? Ah oui, peut-être ce qui m’a amenée à écrire ces pages : Il y a quatre ans et  neuf mois, on m’a violée. Première agression. La seule pour laquelle j'ai porté plainte, puisque j'ai vite appris que d'alerter la justice et assumer les conséquences est mille fois plus compliqué que de tenter d'oublier. Donc voilà, un homme a abusé de moi. Ça c’est la première partie. J’ai envie de dire que c’est déjà pas mal. Mais bon, pour moi, ça n’est que le point de départ. La seconde partie c’est le combat ubuesque contre la Justice ou plutôt ses représentants, avec les corollaires de questionnements personnels et de culpabilités malsaines. La conclusion ? Elle est loin d’être en vue à cette heure. Peut-être quand j’aurai fini de coucher mes mots sur papier. Je l’espère mais je n’y crois pas assez pour l’attendre avec impatience. De toutes les manières, il n’y aura pas de bonne ou de mauvaise conclusion. Au mieux, j’aurai glané quelques réponses à des questions, j’aurai été reconnue comme ex victime.

 

J’ouvre une parenthèse rapide pour expliquer cette expression à laquelle je tiens : ex victime. Car aujourd’hui je ne suis plus victime. On est victime d’un événement et après on redevient citoyen de base. C’est le plus dur à admettre mais le plus important aussi. Car être toute sa vie amené à se définir comme victime, c’est nier qu’il puisse y avoir un après et peut-être laisser le pire gouverner sa vie. Cette belle profession de foi est dure à assumer pour moi, pour être franche. Car je suis loin d’être un modèle en la matière. Parfois ma lucidité crée un rempart à l’auto apitoiement. Plus souvent celui-ci me submerge, à ma grande honte. Mais j’espère un jour que ces morceaux de passé ne seront plus pour moi que des souvenirs, amers comme il se doit, mais des souvenirs. Et je sais que ça ne sera possible que si j’accepte à la fois d’avoir été victime (et non coupable) et de ne plus l’être aujourd’hui. Fin de la parenthèse.
Donc, au mieux, je serai reconnue comme ex victime et l’homme qui m’a agressée et que j'ai dénoncé sera condamné à être écarté de la société et à me verser une indemnité. Oui mais il restera des tas de questions sans réponse. Il restera la douleur inévitable d’un procès (s'il a lieu)  et le regard des gens. Et tant d’autres points négatifs. Et au pire ? Au pire l’instruction se soldera par un non-lieu. Ça, ça aurait bien entendu encore plus de mal à passer pour moi. Mais je tente de m’y préparer aussi. Dans tous les cas, cette procédure criminelle terminée, il faudra tourner la page. En fait, ce sera ça la vraie conclusion. Parce que, que ce soit lui ou les autres qui m'ont fait ce mal de me prendre pour un objet, je les rayerai, sinon de ma vie, mais de mes priorités et de mes sentiments.

Si je veux continuer à construire ma vie, il faudra y arriver. Quelles que soient les plumes que j’y aurai laissé. Et surtout, quelles que soient les questions restées en suspens.

 

Aujourd’hui, je vis dans un coin sympa de la région parisienne (si si, ça existe !) avec mon compagnon, le seul capable de me supporter au quotidien. J’ai quelques amis chaleureux et présents et j’ai repris mes études et ma passion, l'écriture. Que demande le peuple ? Pas grand-chose, si ce n’est continuer sur cette voie avec succès.

Voilà, je vais terminer ce premier billet sur une note optimiste. Vous me connaissez maintenant un peu. A vous de décider si vous me suivrez à travers ces pages. Je m’efforcerai d’y être un guide agréable mais autant vous rappeler que l’histoire que j’y relate gardera un goût de sordide. Au fil des articles, j'espère que la bile laissera bien plus de place à la vraie joie, celle qu'on reçoit en plein coeur par fulgurances et qui nous rappelle que le vie vaut la peine d'être vécue.

Publié dans Présentation

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F
J'arrive ici par le blog de bbk.mel et ce que je viens de lire ne me donne pas envie de pleurer... ou alors si, mais de honte alors !<br /> C'est une leçon de vie que ce combat que cette immense force de caractère qui émane de tes mots. On sent, on palpe la force, la douleur et la sensibilité...ça coupe le souffle et on ne décroche à aucun moment !<br /> <br /> Que de belles choses pour la suite !
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B
<br /> Mici ! Et désolée pour le retard de publication, je suis un poil over bookée depuis une semaine..<br /> <br /> <br />
B
Je lisais ton blog sans avoir lu ce préambule (flemme aigüe, certainement). Il manquait à ma compréhension des choses.
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B
<br /> :op Et encore, là j'ai fait un résumé light, au cas où il y aurait des pitits nenfants !<br /> <br /> <br />
E
Hé Rémi, par ici ! Ok ok ok je sors...
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B
<br /> Meuuuuuh non ! Tu restes ! Nan mais oh !<br /> <br /> <br />
G
J'apprends par ce texte une partie de l'identité de la mystérieuse Elhana qui signe des com' depuis un moment chez moi, je vais enfin pouvoir me venger !<br /> Dès que je trouve un jeu de mots débile avec hémiparésie, je te le place, promis !
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B
<br /> Euh, pas taper... je ne me cachais pas, hein. Tout bon jeu de mots sera pris... Si t'es sage!<br /> <br /> <br />
E
C'est parce que tu ne sais pas que tu donnes une leçon que tu en donnes une hé hé ;-) La vraie pédagogie ça laisse pas des traces de pattes partout, mais on s'aperçoit qu'après c'est plus comme avant, que c'est mieux parce que c'est nous qui avons changé notre façon de voir.
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B
<br /> Bon, bon, soit... vous ne perdez rien pour attendre, vous autres.<br /> <br /> <br />