Félicitations Papa... On fête ça au cyanure ?

Publié le par Blandine

Ce matin, je n'avais nulle envie de sortir des bras d'un Morphée qui m'avait pourtant boudée toute la nuit (si notre anesthésiste préféré voulait bien lui en toucher deuux mots, je lui en serai éternellement reconnaissante ! 3 heures par nuit sur une semaine, c'est peu pour une jeune fille en pleine croissance). En fait, aujourd'hui j'ai une furieuse envie d'être irresponsable, de foncer tête baissée et de tout casser sur mon passage.

Hier fut une rude journée. J'eus l'audace de me plaindre et le hasard, cet admirable professeur prompt à vous rappeler qu'à trop grogner, on obtient pire que prévu, m'a donné une bonne leçon. Parce qu'aujourd'hui, avec la meilleure volonté du monde, je ne peux pas me raisonner et me dire que "ça passera". Pourtant, Margouillette avait bien réussi à me secouer les puces, hier soir. Merci Maman Margou !

Je voudrais vous raconter un petit épisode, pas du tout marrant pour que vous compreniez mieux mon ressentiment.

Après ma première agression, allez savoir pourquoi, j'ai décidé de me cacher sous la couette pour plus ou moins l'éternité. Ma famille m'avait rejetée, et itou pour mon compagnon de l'époque. En fait, non, je suis injuste : ils n'ont simplement pas su réagir. Toujours est-il que, parano, je suis restée cloîtrée dans mon lit plusieurs mois. Mais un jour, j'ai décidé que ça suffisait et je me suis souvenue qu'il y avait un endroit où mieux que n'importe où, je pouvais revenir à la vie.
Adolescente, mes parents m'avaient fait découvrir un petit village du Vercors. Je ne vous dirai pas son nom, parce qu'avec la suite, vous identifieriez rapidement celui dont je vais vous parler. Je suis tombée litrtéralement amoureuse de cet endroit et particulièrement de son gîte d'étape, dont le propriétaire organisait régulièrement des soirée festives. Dans cette salle des fêtes, j'étais juste moi-même, heureuse et libre. Comment vous expliquer... Pierre, le gérant, me redonnait ce dont j'avais besoin. la liberté d'exister. Et puis, au fil des séjours au village, il a souvent du prendre la responsabilité de remplacer mes parents, trop lointains. Il était là quand mes chers père et mère oubliaient de laisser la porte non verouillée le soir pour que je puisse rentrer de ces soirées magiques. Il était là quand j'ai subi une opération aux yeux et que seul lui a remarqué le changement (une de mes soeurs s'est rendue compte il y a à peine trois mois que je portais plus de lunettes... ça ne fait jamais que 7 ans !). Bref, Pierre a été mon papa de substitution. C'était clair entre nous d'ailleurs, il me disait me considérer comme sa fille.

Alors, quoi de plus naturel que de décider, pour soigner mes maux,  retourner dans mon paradis du Vercors ? Je vous épagne le parcours du combattant sur le trajet. Rouen-Grenoble, c'est intéressant à tenter, à cloche-pied. J'avais la clé de la maison de vacances. Dans un premier temps, je m'y suis enfermée, mais dès le lendemain, remise un peu d'aplomb par mes montagnes chéries, je vais toquer chez Pierre, ravi de me voir. Et là, les vannes s'ouvrent et je lui déballe tout. Il fut le premier depuis quasiment un an à ne pas me voir comme un monstre. C'était certain, grâce à lui, j'allais réapprendre à sourire !

Tu parles. Du calin affectueux et consolateur, de bras sécurisants, je suis passée aux griffes d'un loup. Il a entrepris de me déshabiller... Et mon paradis est devenu enfer. Vous m'excuserez de ne pas donner plus de détails. Sauf que, sauf que voilà, il a si bien réussi son coup, qu'il m'a piégée pour que je revienne le voir. Un chantage élaboré... Je suis devenue un jouet. Six mois, où cet homme a pu abuser de moi. Et moi, j'arrivais à encore me dire qu'il ne se rendait pas compte, qu'il devait croire que j'étais consentante. Papa ogre...

Ca a cessé un jour, parce que je me suis enfin rendue compte qu'il valait mieux qu'il mette ses menaces voilées à exécution que de continuer... Et j'ai entamé une reconstruction massive d'une âme en miettes. Il y a eu de grois heurts et de grandes joies. Mais toujours en en toile de fond, un morceau de coeur en moins et le manque lancinant de mon unique refuge. Et j'ai choisi d'oublier. Oui mais voilà, mes parents ont eu la chouette idée de me donner en copropriété avec mes soeurs la maison que j'aimais tant avant, là-bas.  Ironie du sort, j'aime beaucoup. Alors il a fallu leur dire que jamais je ne remettrai les pieds là bas. ils n'ont pas compris. Apres tout, il n'y aavait rien eu de grave, hein ? Quant à mes soeurs : "ne t'inquiète pas, à nous il ne fera rien et puis, hein, tu vas pas nous créer des problèlmes de gestion du patrimoine".

Aujourd'hui, j'apprends que papa Pierre a été élu au conseil municipal du village. 1er adjoint au maire.

Alors oui, pardon, mais aujourd'hui, je crève d'envie de me taper 600 bornes pour aller commettre un meurtre. Malheureusement, dans une heure et demi j'ai cours. Mais dieu que la tentation est grande d'être iresponsable. Merde, juste un meurtre, faut il en faire tout un plat ? Promis, après je range.

Félicitations Papa... Salaud.

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T
Y'a un chainon qui me manque dans ton récit. Ne le prends pas mal mais je m'interroge pour mieux comprendre. Quand tu as senti que le vent tournait et que le loup commençait à surgir ... pourquoi n'as-tu pas pris la fuite ? Etait-ce déjà trop tard ?
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B
<br /> Tu as déjà été paralysée ? Autant physiquement que mentalement, j'étais incapable de faire quoi que ce soit. Mon corps ne répondait plus et j'étais en état de choc. je revivais ma première<br /> agression; où j'avais appris une chose : se débattre ne sert à rien.<br /> <br /> <br />
E
Tes envies d'homicide sont compréhensibles car il a doublement abusé de toi. Mais tu sais ce qu'on dit : "On ne tape pas sur la merde, ça éclabousse..." Même si on range tout bien après il reste une odeur.<br /> Blandine, tout se paye, tout. Laisse faire le temps, ton heure viendra où tu auras ta revanche (je n'aime pas beaucoup le mot mais là c'est le seul qui me vienne). Dans l'attente tu as ta vie à faire et toi à reconstruire, c'est infiniment plus important. Garde toi loin de lui afin qu'il ne puisse pas te nuire, c'est pour l'instant la meilleure chose que tu puisses faire.<br /> Je n'ai pas le pouvoir de débrancher sur commande les choses qui hantent tes nuits, hélas, et tu le sait bien. Si ça avait été le cas, je me serais appliqué la recette il y a quelques 22 ans ... La meilleure des choses à faire est de t'exprimer, et tu le fais. Il se peut qu'il tombe sur ton blog et lise cette lettre ouverte... Qui sait ? It's a small world...
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B
<br /> Allons, Eric, je plaisantais sur le débranchage. De toutes facons, stock de larmes épuisé, pour deux ou trois jours. Place aux rires. Aux vrais, j'entends.<br /> <br /> <br />