Rer, mon meilleur ennemi

Publié le par Blandine

Je ne vois vraiment pas pourquoi personne n'aime prendre le RER. Sans doute est-ce parce que les gens valides n'ont pas comme moi la possibilité de faire d'un trajet des plus banals une véritable attraction à sensations?

En cas de blocage de ma jambe, éviter la masse des personnes pressées qui foncent dans les couloirs sans regarder s'il y a des obstacles sur leur passage ressemble à un space mountain amélioré. Et ce n'est que le début ! Il faut ensuite passer les tourniquets à cloche pieds sous le regard intéressé des agents SNCF qui n'abandonneraient que raremenrt leurs places de spectateurs pour donner un petit coup de main.


De la même manière, l'utilisation des escaliers devient un périlleux exercice d'équilibre ainsi qu'une séance de musculation gratuite de la jambe valide. Eh oui, gratuite, car il existe une merveilleuse invention du conseil général pour aider les handicapés à se déplacer en Ile-de;France : La carte Améthyste. Cette carte donne un accès gratuit à tout le réseau SNCF et RATP dans la région. C'est plus que bienvenu, quand on regarde le prix d'une année de RER pour les gens qui ne bénéficient pas de cette aide, aussi on serait en droit de me trouver gonflée d'estimer que ce n'est pas assez dans certains cas. J'assume.

Car si pour moi il est parfois compliqué d'effectuer une correspondance, pour certains le problème est permanent. Eux sont toujours forcés de jouer à un étrange jeu de piste pour trouver l'ascenseur qui les déposera sur le bon quai... Quand ascenseur il y a et en état de marche, en prime! Or pour ces courageux, peu importe la gratuité d'un trajet s'ils ne peuvent pas parvenir jusqu'à leur train ! Il est urgent de rendre accessibles toutes les gares et au minimum, de former correctement les agents à l'aide aux handicapés et ne pas les restreindre dans leurs actions.

 

J'arrête là ma critique des réseaux transilien et SNCF. Car si je ne déteste pas autant que mes contemporains cest deux bêtes-là, c'est qu'en quelques occasions, les gares et RER furent pour moi le décor de très beaux épisodes. Parfois, quand ma jambe ne faisait pas grève, j'ai pu aider des gens à porter de lourds sacs, ou des poussettes. Pour vous, c'est sans doute insignifiant. Pas pour moi. Parfois, bloquée, j'ai vu des gens venir vers moi pour m'aider à avancer, quitte à louper leur propre train. Insignifiant aussi? Pas pour moi.


Et avant-hier, dans le RER qui me ramenait chez moi, un musicien que sans nul doute en d'autres circonstances j'aurais catalogué comme wesh décérébré en raison d'un acoutrement à base de casquette enfoncée sur le crâne et blouson Addidas. Quand je suis entrée dans le wagon, j'ai entendu quelques accords de guitare. Il jouait avec concentration, comme perdu dans son monde et soudain, je reconnus la mélodie. Une chanson d''Hugues Auffray. L'homme fredonnait les paroles. Assise non loin de lui, je priais pour qu'il ne s'arrête pas, pour qu'il ne descende pas de train avant ma station. Et il ne descendit pas et continua à jouer. Pendant une demi-heure, la musique me berça. Et quand le train entra en gare d'Egly, je me suis levée et j'ai voulu lui dire merci mais il était tellement à son affaire que je m'en serais voulu de briser la magie. Je suis partie sans bruit en espérant le recroiser un jour. Et ce moment là, c'était tout sauf insignifiant. Ça m'a rappelé que l'être humain a de la beauté en lui.  Mais ça m'a surtout rappelé que cette beauté peut se manifester n'importe où et chez n'importe qui. Et qu'un préjugé construit sur l'image d'une casquette et d'un blouson Addidas n'est pas sain.

 

Alors oui, parfois j'aime les transports en commun. Surtout s'ils nous transportent dans un instant d'éternité
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