banalisation et victimisation 1/2
J’aime à tenter d’analyser la vie selon un basculement incessant d’un extrême à un autre. La modération réelle est rare et ce, parce que tout être humain est constamment obligé de faire des choix, quitte à faire le choix de ne pas choisir, qui est souvent la plus douloureuse des décisions.
La banalisation de la violence, le fait d’accepter ce qui doit rester choquant, a pour pendant la répulsion vis-à-vis de cette même violence lorsqu’elle nous touche. Non, on ne crie pas à la philo de comptoir, on se calme, on respire un grand coup et on me laisse poursuivre. Ne me lynchez pas avant même que j’aie fini d’expliquer !
I l y a certainement des gens plus extrêmes mais pour moi comme pour pas mal de français, apprendre au journal télévisé mille morts en Iran me touche moins que la mort d’un seul ami. Je peux bien entendu être atterrée, dégoûtée par ce genre de nouvelles, crier à l’injustice ou me permettre (à tort) de juger un pays, un gouvernement, un peuple, un homme… Le lendemain, je retourne à la fac et je vis ma vie tranquille, loin des guerres et tragédies. J’oublie.
En revanche, si quelqu’un avec qui j’ai des liens meurt ou même est simplement blessé ou dans une passe difficile, je suis atteinte et je ne peux pas si facilement passer outre. Si d’autres savent faire autrement, eh bien chapeau bas.
La violence est partout aujourd’hui, elle nous suit à la trace comme une bête sans cesse affamée que nous persistons à nourrir par peur ou ignorance. De la simple bousculade à la guerre, elle nous montre les griffes ou nous saute carrément à la gorge. Je ne dis pas que ce fauve, Violence, est toujours mauvais en soi. C’est parce qu’à certains moments il est sur nos talons que nous trouvons le courage d’avancer plus vite, voire de créer un chemin dans ce qui nous semble n’être qu’un mur d’épines. Violence sait être une alliée efficace dans les situations qui le permettent mais son but n’est jamais de nous aider. Simplement de se faire nourrir à n’importe quel prix, quitte à nous assister en échange de quelque morceau de viande séchée. D’aucuns prétendent dompter cette bête, apprivoiser cette puissance irraisonnée et faire ami ami comme avec un bon gros toutou… Ils oublient que ledit toutou regarde la main qui caresse sa tête avec le plus vif intérêt pour son repas du soir !
Je sais bien qu’on ne peut pas faire du cas par cas pour tout le monde. Je sais qu’il restera toujours des gens sur le carreau et pourquoi pas moi. Qu’il y aura des riches et des pauvres. Des heureux et des tristes. Des bien-portants et des malades. Mais voilà, il me semble que la banalisation de cet état de fait n’a pas lieu d’être. La souffrance de certains ne doit pas être considérée comme anodine parce qu’on en a pris l’habitude. J’en ai marre d’entendre « il y a des milliers de gens qui souffrent, ne te plains pas ». Personnellement je n’ai jamais constaté une diminution de la douleur lorsqu’elle est partagée. C’est un concept original en même temps. Je tenterai, à l’occasion, d’aller dire à un agonisant : « Ne gémissez pas, il y a des tas de gens qui meurent vous savez ». Je vous raconterai sa réponse…
Etrangement, l’attitude inverse m’agace tout autant. Monter en épingle le sordide, chercher à arracher des lambeaux de chair au nom de sa propre souffrance ou de celle d'un tiers me répugne. La compassion, étymologiquement "souffrir avec" peut être bonne si on ne s'y perd pas. S'y perdre, c'est endosser ce costume du martyr ou du révolté permanent.. On en recausera demain, parce qu'un bon repas me tend les bras...