Correctionnalisation, kezaco ?
Bon, les z'amis, il ne fauit pas beau, j'ai manqué me faire écraser en rentrant chez moi sur une patte, je suis énervée. découragée, écoeurée et tout et tout... Vous me pardonnerez un brin d'aigreur dans les propos du jour. Et tiens, je vais faire ça sous forme de dialogue... de sourds ?*
- Bien l'bonjour, monsieur le juge ! Asseyez-vous, je vous en prie. Je vous sers un verre de Cyanure dernière cuvée ?
- Sans façons, je ne m'attarderai pas.
- Ah mais si, cher ami, vous allez rester un peu pour me tenir compagnie. Non que je vous voue une grande amitié, mais je vous sais taquin, et prompt à vous défiler de manière fort peu courtoise quand je vous coince au téléphone.
- Qu'allez-vous imaginer ? Je ne...
- Tuuut ! Passons et ne rouvrons pas cette querelle-là, quand j'en ai une autre en réserve à vous soumettre.
- Une querelle ? Qu'ouïs-je ? A quoi est donc dû votre déplaisir ?
- J'aimerais, mon cher, que nous revenions sur cette farce douteuse que vous m'avez faite. Parlez-moi donc de la correctionnalisation ?
- Eh bien, la correctionnalisation est une démarche grmblllblll à la discrétion des juges d'instruction...
- Une démarche quoi? Je n'ai pas bien saisi...
- Grmbll
- Plaït-il ?
- Il-lé-gal ! Là, êtes-vous satisfaite ?
- Je n'irais pas jusque là... Ainsi donc, la correctionnalisation est un acte illégal ?
- Eh bien... à moitié. Disons qu'une loi récente a tenté de cadrer la pratique.
- Voyons ça en temps utile. Dites-moi d'abord ce en quoi consiste cette démarche semi-légale ?
- Il s'agit, pour désengorger les cours d'assises, de requalifier des faits criminels en délits, afin qu'ils soient traités en tribunal correctionnel.
- Euh, pardonnez ma trop grande naïveté, mais quel est l'intérêt pour toutes les parties ?
- Le présumé coupable risque une peine maximum moindres qu'en étant jugé aux assises, mais il a la quasi-certitude d'être condamné puisque les juges professionnels se laissent moins facilement attendrir qu'un jury populaire... Au passage, l'attente du procès est nettement moins longue. Chacun y retrouve ses petits, ne trouvez-vous pas ?
- Justement non, moi, je n'y trouve pa les miens. Je me moque que mon adversaire fasse un ou quinze ans de pison, en soi. Ce n'est pas ce qui m'importe. Mais avant que nous n'entamions ce débat, une question me vient : Pourquoi m'avez-vous demandé mon accord pour cette démarchede requalificztion si c'était pour ne pas en tenir compte ?
- Ah, j'aurais cru vous avoir entendu dire "oui"... Me serais-je trompé ?
- Mon dieu, je sais que le port de la robe noire rend le cerveau apte à toutes sortes de contorsions sémantiques, mais par chez moi, "non merci" ne signifie pas "oui, avec plaisir". Je suis une femme simple, vous savez.
- Soit, soit, vous ferez donc appel.
- Petit malin ! Je ne demande pas mieux, moi ! Mais il se trouve que mon avocat a le même sens de l'humour que vous et m'a caché vos bêtises un petit moment. Bref, cela est une affaire entre elle et moi car j'imagine que vous ne fdaignerez pas m'indiquer ce qu'il faut que je fasse, quand et comment ?
- Je ne voudrais pas gâcher votre plaisir... Mais me direz-vous enfin pourquoi vous tenez tant aux assises, au risque de perdre le procès en raison du hasard de la composition d'un jury ?
- Je ne sais si vous comprendrez ma vision de la justice, mon cher ami. Je vais tenter de vous l'expliquer. Comme je vous l'ai dit il y a un instant, peu me chaut de savoir que Rom, mon agresseur, aille en prison longtemps. Mais je veux qu'il ait pleinement conscience que se prendre pour un démon, sortir un katana, Atterraper une jeune fille paralysée, la violer... ce n'est pas un simple délit. Je veux le forcer à expliquer à 12 personnes, comme vous et moi, pourquoi il m'a manipulée, attirée et livrée à ses appétits. Ce n'était pas un viol "par accident", parce qu'il ne savait pas si j'étais d'accord ou pas et dans le doute, a foncé. Rom a délibérément posé un piège. il m'a menacée, il m'a vviolentée. Si cela, aux yeux du droit, se banalise et devient un délit, alors le seul combat que je mène ne sert à rien. Voilà pourquoi je tiens aux assises. Pour lutter contre la banalisation et pour ne plus me placer en victime. La correctionnelle, jouer la sûreté, n'est pas équitable à mon sens. c'est, de ce que vous m'en avez dit, me donner les cartes en main et lui retirer le droit à une défense efficace. Autrement dit, le placer en coupable avant même un procès. Moi, je veux jouer franc-jeu. Soit il est déclaré coupable d'office et dans ce cas, arrêtez de jouer avec nos nerfs et dites-nous ce qu'il en est pour chacun. Soit il est réellement présumé innocent et on respecte la loi en l'accusant de ce qu'il a fait réellement, quitte à ce que ce soit à moi de convaincre.
- Je vous sens très énervée...
- Non, cher juge, pas énervée. Lasse, infiniment lasse. Ne vous déplaise, vos manigances me détruisent aussi bien que l'agression d'il y a 5 ans. Je ne suis pas un playmobil, une pièce sur un échiquier. Au final ce n'est pas lui qui aura ma peau, mais vous.
Tout le monde dort... ? Ah non, certains se lèvent !Mes maigres talents de théâtreuse sont à sec ce soir ! Rideau.