Trois jours après...
Trois jours après ce maudit procès auquel j'ai assisté, j'aimerais pouvoir dire que je me suis remise. Ben non, raté, la blessure ne se referme pas. Pourquoi ? Parce que cela a atteint ce que je garde de plus précieux en moi : les principes pour lesquels je me bats. Parce que croire en la justice, en l'être humain, après ça... Il y a plus de chances de parvenir à grimper au sommet de l'himmalaya à cloche-pieds.
Pendant plus de sept heures, j'ai écouté une litanie redondante de termes crus pour raconter une histoire sordide. Pas moyen d'oublier trente secondes l'animalité de toutes les personnes mises en scène. Je vais tenter de vous raconter ça, étape par étape, avec les questions que ça m'a forcée à me poser à chaque fois.
Avant-goût
En entrant dans la salle, deux choses m'ont frappée. D'abord, cette grande cage de verre, un peu comme celles que l'on voit au zoo. Je n'ai jamais aimé les zoo. Bref, voilà où allait être enfermé le "présumé innocent", attirant tous les regards, face aux bancs des participants à l'affaire. Note pour la prochaine fois : penser à ramener les cacahuètes. L'autre chose qui m'a surprise, c'est cette odeur d'église, un parfum de renfermé, un peu étrange. Cela ajoutait à la solennité des lieux.
L'accusé est entré, flanqué de ses deux gardiens. hébété, paumé dans une hstoire qui n'avait apparemment plus grand sens pour lui. Il semblait résigné, automate à qui l'on imprime un mouvement pour l'obliger à accomplir les gestes voulus. Son avocat, une belle femme, s'est mise à lui parler à travers la vitre qui les séparait. Pourquoi diable cette barrière me faisait-elle l'impression d'être inutile, monstrueuse ?
La cour est entrée, annoncée par l'huissier, un petit homme jovial. Puis, s'ensuivit une scène répétée à l'envi par ces acteurs rodés : appel des jurés, tirage au sort de ceux-ci, aoppel des témoins... tout cela ponctué de temps à autre par une envolée lyrique du président ou de la greffière.
L'acte de mise en accusation...
... ou comment basculer en enfer. Amateurs de mots vulgaires, préparez vous à entendre pendant un quart d'heure des déclarations remplies de "chattes" et de "bites". Et point n'est question ici de félins gracieux et de points d'ancrage pour bateaux. Toute la détresse de la victime nous est balancée, sans pudeur, toute l'horreur des actes perpétrés par son père nous est jetée en patûre. Et soudain, la mentiondu lieu où s'est déroulée cette sordide histoire parvient à se frayer un chemin jusqu'à mon cerveau ; Ca s'est passé à trois rues de chez moi. Le coup est rude. Et le greffier continue sa lecture, enchaine les images scabreuses, jusqu'au point d'orgue : L'énoncé des charges, formel, implacable, dans un langage tout autre que ce qui précédait.
A la fin, le président se tourne vers l'accusé : reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? L'homme, noyé depuis longtemps dans cet océan de paroles, ne répond pas. Le juge insiste. Alors, à tout hasard, il répond un "non ?" tremblant à l'idée que ce ne soit pas "la bonne réponse". Le magistrat, agacé, lui demande de se rasseoir.
Et moi, sur mon banc, au fond du public, je serre les dents et je retiens mes larmes. Parce que ce que ce type a fait est monstrueux. Parce que ce qu'on li fait, n'est peut-être pas mieux, juste plus polissé. Rien ne pourrait ressortir de bon de tout cela. Et moi, je me dis "ce n'est que le début".
Je m'arrête là pour le moment.Je reprendrai ce soir.