Avant de s'en prendre à Dame Justice...
Porter plainte pour viol est un acte très lourd de conséquences. Et s'il est bon de le faire, il ne faut pas envisager cette démarche sous le mauvais angle. Parce que perdre des années, attendre les courriers du tribunal, harceler un avocat, c'est du boulot, du temps et de l'énergie dépensés.
Alors quand on me dit "ça permettra de te sentir mieux"... Non, en aucun cas. Ca ne change pas ce qui s'est passé. La plainte n'est pas une thérapie et un avocat n'est pas un psy. Le juge qui rendra son verdict ne vous délivre pas une ordonnance (sauf de non-lieu éventuellement). On ne se lance pas dans une procédure pour se soulager.
De plus, à ce niveau, il est bon de souligner une chose très importante : La Justice n'est pas au service des victimes, mais de la société. La nuance ? Elle est de taille : Un jugement reconnaissant un agresseur coupable n'est pas rendu pour aider la victime (et sa famille) à faire son deuil, mais pour éviter à la société qu'un homme dangereux puisse l'inquiéter. Accessoirement, si vous comptez sur un juge pour s'apitoyer sur votre sort, vous allez être déçus. Ils ont beau être humains, ces trucs-là doivent en permanence garder à l'eesprit que rien n'est encore décidé. Peut-être est-ce vous, le méchant, au fond ? Ca s'est déjà vu, hein.
Bêtise courament sortie aussi : "Il aura ce qu'il mérite !"... Oui, oui, soit... Et vous, en tant que juge, vous le pendriez par un endroit sensible ? C'est trop oublier que celui que vous appelez monstre, hier peut-être, couchait tendrement sa fille en lui racontant une histoire.
Une objection ? Il y a des gens qui en effet prennent plaisir à faire souffrir, mais c'est trop facile de leur rendre la monnaie de leur pièce. C'est tentant, mais dite-vous que chacun pense avoir une raison de faire le mal. A tuer un violeur, ou à le castrer, vous éliminerez un monstre en en faisant grandir un en vous. Et s'il avait vraiment l'envie de semer la terreur, il aura gagné, quoi que vous fassiez par la suite. Vous aurez basculé de son côté. Quand j'explique ça, les gens ont 2 réactions : "Qu'est-ce que t'y connais, toi ? Si c'était ta soeur...". Ca a été moi, merci. Ca a été des amies, aussi. Donc bon, j'ai droit au chapitre. Seconde réaction "Oui mais toi tu as pardonné, c'est bien, tout le monde fera pas pareil". Euuuuuuuh d'où tient-on que j'ai pardonné ? Non, je refuse de laisser gagner l'autre en lui offrant la place de celui qui a raison, voilà tout.
Porter plainte pour que l'autre soit hors d'état de nuire, enfin ? Pourquoi pas, si on est très patient...
Alors, au fond, pourquoi porter plainte ? Il y a des dizaines de raisons propres à chacun. Je ne les juge pas. Je voulais juste dire que certaines ne se trouveront pas satisfaites.