Ne laissez jamais personne voler votre choix !
Je me suis réveillée il y a une demi-heure, coeur au bord des lèvres. Aujourd'hui, je pourrais écrire une belle lettre à un bébé qui n'a pas pu naître, parce qu'il y a trois ans, j'ai interrompu ma toute jeune grossesse. Mais quels que soient mes remords, ma culpabilité ou ma colère, je préfère en fin de compte m'adresser aux vivants.
A cette époque, il a fallu faire un choix. Avorter ou mener à terme une grossesse dans des conditions qui étaient loin d'être idéales. Et pour faire ce choix, comme il fallait se décider rapidement, j'ai fait appel à tout mon entourage et aux médecins pour demander conseil. Je me suis alors heurtée à un dialogue de sourds, bien souvent, du genre :
- Quoi, mais ce bébé naîtra d'un viol, tu peux pas le garder !
- Je ne vois pas trop le rapport ?
- Tu ne pourras pas l'aimer.
- Je l'aime déjà !
- Tu mens, c'est pas possible.
Outre le fait que je déteste qu'on se permette de statuer sur mes sentiments au nom des standards en la matière, car j'estime bêtement être la mieux placée pour dire ce que je ressens, je suis estomaquée de voir que dans l'esprit de beaucoup, un enfant né d'un viol est tout simplement impossible à aimer par sa maman. Seuls quelques amis proches réussissaient à se persuader à leur corps défendant que je pouvais ne pas en tenir rigueur à un bébé qui n'était même pas né de la faute de son géniteur... Et tombaient tout droit dans le second écueil :
- Ce n'est qu'un amas de cellules, n'aie pas de scrupules !
- Pour moi, ça ne marche pas comme ça.
- Mais si je t'assure.
C'est décidément une manie, hein ! A force de vouloir protéger quelqu'un, on en vient parfois à lui nier la possibilité de penser différemment. Reste que j'en ai eu marre, que j'ai cédé "à défaut", pour avoir la paix dans un sens... Et le 2 octobre, me voilà à l'hôpital, condfiée aux soins experts d'une infirmière :
- La prochaine fois, pensez à la capote !
- Oui madame, promis, la prochaine fois, je demanderai au type qui me viole s'il a ce qu'il faut.
- Ca sera mieux.
Ma p'tite dame, ça serait bien d'écouter un peu les gens... tout comme votre collègue, qui précise que j'ai le choix jusqu'à la dernière minute et me fait avaler une pillule avant de me laisser pour la nuit... en se gardant bien de me préciser que ce médicament peut en soi provoquer l'avortement. Ca c'est de l'abus de confiance !
l'opération s'est bien passée, merci... Mais même si au fond c'est sans doute mieux ainsi, j'apprécierais qu'on ne confonde pas tout. Le droit à l'avortement existe et c'est tant mieux. Mais dénier à une gamine certes paumée mais raisonnablement pourvue de neurones la possibilité de faire son choix, c'est mal. Le seul qui ait vraiment su pendant cette période m'estimer capable de décider en connaissance de cause, et qui m'a dit clairement "Quoi que tu choisisses, je serai derrière toi", c'était un ami... devenu quelques mois plus tard mon compagnon adoré. La vache, mon Colas, comme je peux t'aimer, rien que pour ça : le respect que tu as eu pour mon intelligence et mes sentiments.
Trois ans déjà... longîn (c'est comme ca qu'on dit, hein? XD) ca fait encore bien mal... Bon, allez, envie de vomir ou pas, un passionnant cours de sociologie politique me fait les yeux doux.
Je voudraois juste demander à ceux qui voudront commenter de ne pas me dire de ne rien regretter ou de ne pas m'en vouloir. Hors de mes capacités encore... L'année prochaine, si je suis sage.